
NON TITULAIRES
Lettre ouverte de la CFDT-Culture
à Jean-Jacques Aillagon
Ministre de la Culture et de la Communication
Monsieur le Ministre,
Notre syndicat a eu maintes occasions de déplorer le recours
excessif aux contrats à durée déterminée
dans notre ministère. La précarisation institutionnalisée
des agents génère des situations injustes et angoissantes,
en contradiction totale avec le principe d’égalité
de traitement, principe qui mérite d’être réactualisé,
renforcé et défendu avec vigueur par le pouvoir politique.
En outre, contrairement au postulat selon lequel la fonction publique
est un vivier de privilèges inconsidérés, nous
rencontrons en la matière une situation où les salariés
de droit privé bénéficient d’une législation
bien plus favorable que ceux de l’Etat : en effet, pour les premiers,
un CDD ne peut pas excéder 18 mois, durée au-delà
de laquelle il est requalifié en CDI ; et pour les seconds, le
contrat peut être renouvelé pendant plus de dix ans, sans
que les agents concernés puissent par ailleurs bénéficier
de tous les droits de la fonction publique, ou le contrat n’est
pas renouvelé alors que le même poste est confié,
dans les mêmes conditions, et toujours en CDD, à une autre
personne.
La directive européenne n° 1999/70 du 28 juin 1999, concernant
le travail à durée déterminée, recommande
d’en finir avec les recours abusifs à ce type de contrats,
notamment en ce qui concerne l’Etat employeur. L’accord-cadre
qui a présidé à cette directive précise
que « les contrats à durée indéterminée
sont et resteront la forme générale des relations de travail
et contribuent à la qualité de vie des travailleurs concernés
et à l’amélioration de la performance », les
CDD représentant des cas particuliers qui « répondent
à certaines circonstances ».
Les Etats-membres de l’Union Européenne sont ainsi incités
notamment à : établir une égalité de traitement
entre CDD et CDI ; définir les raisons objectives de recours
aux CDD, et en fixer la durée et le nombre maximum de renouvellements.
La France n’a, à l’heure actuelle, pas encore transposé
cette directive dans sa législation nationale, malgré
le délai de deux ans qui était imposé après
sa signature (délai porté à trois ans – au
10 juillet 2002 – pour les Etats rencontrant des difficultés
particulières).
Considérant qu’il est grand temps que l’Etat français
cesse de déroger aux principes législatifs qu’il
impose aux entreprises privées, la CFDT-Culture vous demande,
Monsieur le Ministre, d’intercéder fermement auprès
du Parlement afin de procéder rapidement à cette transposition,
et auprès du Ministère de la Fonction Publique pour l’application
de cette directive européenne à tous les agents relevant
de la fonction publique.
Vous comprendrez que la situation sensible des agents non titulaires
exige la plus grande transparence et la plus grande équité
dans l’établissement de nouvelles règles.
Ainsi la CFDT-Culture vous demande également de communiquer,
à tous vos personnels, toute information utile au sujet de la
transposition de la directive européenne (calendrier, mesures,
modalités d’application…), et de préciser
la position politique du Gouvernement à ce sujet.
La CFDT-Culture restera vigilante sur les modalités et les délais
d’application de la future législation au sein de votre
département ministériel fera de la future législation.
Paris, le 3 novembre 2003