
BUDGET du MINISTERE DE LA CULTURE
Budget Culture 2005 :
« Dites-nous de quoi vous avez besoin, nous vous dirons comment
vous en passer… »
M. le Ministre déclarait, lors de sa présentation du
PLF 2005 aux organisations syndicales : « Je ne suis pas “Monsieur-désengagement-de-l’Etat”
». Et il présente son budget comme « une priorité
du Gouvernement et une victoire pour le développement culturel
». Pourtant les pressions affluent de toutes parts pour exiger
des ministères, notamment le nôtre, des réductions
d’effectifs, des économies budgétaires et des transferts
de missions aux collectivités locales ou au secteur privé.
Depuis quelques années, le ministère de la culture (MCC)
souffre d’une asphyxie financière de plus en plus problématique.
On a du mal à croire le Ministre quand il affirme que la culture
reste une priorité du gouvernement, et que l’égal
accès à la culture est garanti en tant que facteur de
cohésion sociale : l’Etat n’a plus les moyens d’entretenir
son patrimoine, l’avenir de la RMN est gravement compromis (citons
à ce sujet le tout récent rapport du Sénat qui
parle clairement et semble trouver inquiétante la « condamnation
à mort […] programmée de la RMN »), la
tutelle que le Ministère exerce sur ses établissements
publics reste dans l’attente d’une définition et
d’une mise en œuvre claires (ce qui permettrait à
tout le moins d’assurer une politique culturelle cohérente
et uniforme), l’avenir de l’archéologie préventive
comme service public est compromis, les capitaux privés semblent
représenter la solution d’avenir pour le financement de
la culture... Où sont donc les moyens de garantir l’égal
accès de tous à la culture comme principe fondateur d’une
démocratie moderne et pérenne ?
Malgré le succès des journées du patrimoine, la
réalité des faits est autre : les problèmes budgétaires
s'accumulent (reports de crédits non effectués correctement)
et ont ou auront pour conséquence l’arrêt de nombreux
chantiers. Un rapport d’étude de KMPG affirme donc (p.
60) que les économies budgétaires se feront nécessairement
en réduisant, retardant ou supprimant certains projets aujourd’hui
engagés. Le « déficit » projeté du
MCC serait de 100 millions d’euros en crédit de paiement
pour 2005.
Mesures budgétaires en matière de personnel
En parcourant le dossier de presse du comité d’évaluation
des stratégies ministérielles de réforme (qui s’est
tenu le 14 septembre 2004), on découvre un discours beaucoup
moins hypocrite. Il s’agit en effet de mettre en œuvre des
mesures pour moderniser l’Etat : « Ces mesures permettront
d’améliorer la productivité des administrations
et de dégager à l’horizon 2007, une économie
de l’ordre de 1,5 milliards d’euros par an et de 10 000
emplois ». Notre ministre R. Donnedieu de Vabres n’a pas
caché qu’en la matière le MCC participera lui aussi
à l’effort solidaire du gouvernement. Le coût de
l’emploi public doit impérativement être réduit.
De fait, la diminution des effectifs est considérée comme
la variable d’ajustement du budget, alors même qu’un
rapport d’étude précise que « les créations
d’emploi ne sauraient donc constituer un élément
d’ajustement significatif du budget » (p. 59) et indique
que les crédits d’investissement, soumis aux arbitrages
politiques, ont une action plus sensible.
Sur ce sujet la 6ème action prioritaire de la stratégie
ministérielle de réforme (SMR) pour 2004 du MCC nous éclaire
sur les mesures envisagées : réaliser un audit sur la
gestion du personnel en vue d’améliorer la gestion des
ressources humaines, et plus particulièrement « revoir
la répartition des rôles entre l’administration centrale,
les services déconcentrés et les établissements
publics, en vue par exemple d’éviter les “doublons“
lors de la déconcentration des actes du personnel ; amélioration
des dispositifs de gestion des carrières ». Nous attendons
avec beaucoup d’intérêt le résultat de l’audit
envisagé.
Comment pallier la diminution de personnel au MCC ? Réponse du
ministre, en résumé : il faut mobiliser au mieux les capacités
d’emploi et réduire au maximum les taux de vacances d’emploi.
Car pour Bercy l’analyse est simple : vu le taux de vacance actuel
très élevé, le MCC n’a donc pas besoin d’emplois
supplémentaires. Evident, mon cher Watson !
Une seule solution : améliorer la productivité malgré
le manque de personnel. Et lorsque les syndicats évoquent la
dégradation des conditions de travail, le ministre reste persuadé
que nous serons tous sauvés par les nouvelles technologies et
l’administration électronique… Hélas, les
progrès en robotique, systèmes experts et intelligence
artificielle ne permettent pas encore de remplacer le cerveau et la
main de l’agent qui tient le « mulot* » (*la souris).
Et les quelques mesures annoncées (repyramidage, revalorisation
des carrières, amélioration des régimes indemnitaires,
rebasage…) sont largement insuffisantes, et tous les audits du
monde n’y pourront rien changer. En outre, la présentation
du PLF 2005 pour le ministère de la culture ne comporte aucune
information générale sur la place et l’évolution
des dépenses de personnel, et n’est que peu précise
en ce qui concerne les mesures particulières concernant certains
cadres d’emplois. Nous avions eu l’occasion de demander
à l’administration générale quelles seraient
les conséquences de la LOLF sur les questions du personnel, question
à laquelle la DAG a répondu qu’il n’y aurait
« aucune conséquence » ; il paraît inconcevable
qu’une loi qui réforme tellement en profondeur le mode
de traitement budgétaire des ministères n’aient
aucune conséquence en la matière !
Enfin, deux problèmes n’ont toujours pas trouvé
de réponse satisfaisante. D’une part, il apparaît
toujours et encore que le ministère de la culture s’appuie
sur le recours aux vacataires pour compenser ses manques d’effectifs
chroniques (faute d’avoir su convaincre Bercy de ce besoin en
emplois statutaires). Malgré nos critiques et nos mises en garde
récurrentes, nous constatons que le réservoir des personnels
précaires, sitôt diminué par une loi de résorption,
se remplit à nouveau au gré des besoins des services,
tel le tonneau des Danaïdes… D’autre part, le recours
à la sous-traitance risque d’être privilégié
par rapport à l’emploi statutaire, alors même qu’aucune
étude sérieuse ne nous démontre que cette perspective
engendrera des économies financières réelles, ni
qu’elle n’aura pas de coût social exorbitant.
Sur la base d’un récent rapport de la Cour des Comptes,
la commission des finances du Sénat a reçu le directeur
de Cabinet du Ministère de la Culture, et sa directrice de l’administration
générale.
Le constat est accablant, à bien des titres : méconnaissance
du ministère de ses effectifs réels, absence de documents
synthétiques uniformisés permettant l’analyse détaillée
des effectifs et emplois, incapacité du MCC à obtenir
des informations fiables et détaillées de la part de ses
établissements publics, image désastreuse du ministère
dans sa manière de gérer des situations problématiques
(cf intermittents, archéologie préventive), absence d’étude
en amont sur l’adéquation entre missions et effectifs,
complexité et coût de la gestion par corps, absence de
réflexion sur les métiers et leur évolution…
Plus particulièrement la Cour des comptes et le Sénat
regrettent le recours croissant aux contractuels et aux vacataires (les
dispositifs de résorption étant systématiquement
suivis de réembauches du même type), déplorent l’absence
de mise en pratique d’une gestion prévisionnelle des emplois
et compétences, et jugent excessif et insuffisamment justifié
le nombre de créations d’établissements publics.
Nous sommes ravis de constater que ces conclusions rejoignent celles
que nous avons de longue date fait connaître au ministère,
sans que celui en prenne la mesure adéquate.
Le ministère ne se défend que mollement de ces critiques,
qu’il admet mais « nuance ». Il s’engage notamment
à fournir des documents plus exhaustifs, plus lisibles et plus
cohérents : la CFDT-Culture demande solennellement à être
destinataire de ces documents dès qu’ils seront disponibles.
Il affirme également qu’il a les moyens « d’auditer
les résultats de leur gestion », en parlant des établissements
publics, au cas où ceux-ci n’en rendraient pas suffisamment
compte. La CFDT-Culture apprécie qu’un début de
définition de la tutelle soit officialisé, mais exige
que celle-ci soit étendue à tous les domaines de la vie
d’un établissement, comme cela devrait être le cas,
ainsi que l’avait rapppelé M. Aillagon.
Par contre, nous sommes extrêmement inquiets de certains termes
de ce rapport, qui suggère que certains établissements
à caractère administratif pourraient être transformés
en établissements à caractère industriel et commercial,
et qui préconise « un nombre significatif de suppressions
de postes pour 2005 ».
La CFDT-Culture continuera de se battre pour sauver ce qui peut l’être,
et obtenir ce qui peut être obtenu. Mais le moins que l’on
puisse dire c’est que la CFDT-Culture n’est pas très
optimiste en ce qui concerne la situation future de l’emploi du
service public culturel et des perspectives d’avenir de notre
ministère et de ses missions.
Paris, le 12 octobre 2004