harcèlement moral

 

HARCELEMENT MORAL : TENTATIVE DE DEFINITION

Dans le sens commun, tout d’abord, « harceler » signifie « soumettre sans répit à de petites attaques réitérées, à de rapides assauts incessants » (Petit Robert). Il y a là, déjà, une notion essentielle : celle de répétitions fréquentes des agissements.

La définition du Conseil économique et social est intéressante à rappeler : « constitue un harcèlement moral au travail tous agissements répétés visant à dégrader les conditions humaines et relationnelles, matérielles de travail d’une ou plusieurs victimes, de nature à porter atteinte à leurs droits et à leur dignité, pouvant altérer gravement leur état de santé et compromettre leur avenir professionnel ».

Selon la loi de modernisation sociale (17 janvier 2002), le harcèlement moral est caractérisé par « des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique et mentale ou de compromettre son avenir professionnel ».

Au niveau des relations interpersonnelles, le harcèlement peut prendre plusieurs formes : menaces, pressions psychologiques, moquerie (sur la personne), mépris, vexations, brimades, insultes, insinuations malveillantes, agression sur la personne ou ses biens, isolement volontaire de l’autre, refus de communication… Ces agissements ne sont pas nécessairement verbalisés : ils peuvent prendre les formes de la communication non-verbale (ex : haussement d’épaules, grimaces, divers gestes et attitudes…).
Chacun de nous a subi, à un moment ou à un autre, ce type de comportements désagréables. Attention toutefois à ne pas qualifier de harcèlement moral tout geste négatif : des conflits épisodiques ou des mouvements d’humeur peuvent être douloureux, mais ne pas constituer pour autant un processus de harcèlement.

Une dimension importante du harcèlement, et qui le distingue d’autres formes de comportements éventuellement violent, est celle de l’intention destructrice. Les harceleurs visent en effet à porter atteinte à la dignité de la personne, voire à la détruire (à des fins narcissiques que des psychiatres expliquent bien mieux que nous). Si la loi prévoit que les agissements, pour être condamnables, doivent « avoir pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail » (ce qui, a priori, rend l’intentionnalité des actes facultative), les tribunaux, quant à eux, retiennent l’intention de nuire comme constitutive du harcèlement.

Dans le domaine de l’exercice des fonctions professionnelles, le harcèlement peut prendre des formes particulières, qui s’ajoutent à celles relevées dans les relations interpersonnelles. Citons les plus exemplaires et les plus courantes (mais nous pourrions en relever bien d’autres) :
- toutes les manœuvres pour « pousser l’autre à la faute »
- les modifications soudaines et injustifiées des conditions de travail (bureau, équipement…)
- les déplacements autoritaires (tendant le plus souvent à l’isolement géographique par rapport au collectif de travail)
- les consignes paradoxales, contradictoires ou impossibles à tenir
- la non adéquation entre les tâches demandées et la fonction officielle
- la répartition inégalitaire du travail entre salariés de même niveau et de même fonction
- les entraves multiples au déroulement de la carrière (mobilité, congés, formation…)
- le dénigrement systématique du travail effectué
Par ces méthodes, le harceleur met tout en œuvre pour mettre à mal l’identité et la dignité professionnelles et personnelles de sa victime (ou ses victimes), dans le but (avoué ou non !) de s’en débarrasser d’une façon ou d’une autre, ou par pur plaisir pervers.

Ainsi, pour qu’il y ait harcèlement moral, il faut que les agissements coupables :
- soient répétés (quasi-quotidiens), sur une durée assez longue (au moins quelques mois)
- prennent plusieurs formes, parmi celles énoncées plus haut
- aient entraîné une dégradation des conditions de travail, et que cette dégradation soit susceptible d’avoir des conséquences (atteinte aux droits de la personne , atteinte à sa dignité, altération de la santé physique et psychique, mise en péril de l’avenir professionnel). Ainsi les conséquences peuvent simplement être « potentielles » : il n’est pas besoin d’attendre qu’elles aient lieu

Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, de nombreux ouvrages existent. Nous vous signalons plus particulièrement « Le harcèlement moral au travail » de Philippe Ravisy (éd Delmas, 2000), qui fait un état des lieux assez complet des formes de harcèlement, et vous propose une « grille » qui permet d’auto-évaluer la situation vécue.