
OBSERVATOIRE DE LA PRECARITE
13 janvier 2005
Compte rendu de la CFDT-Culture
En préambule à cette réunion, le Ministre a
fait un discours dont les éléments les plus importants
sont les suivants :
- il faut trouver des solutions durables pour éviter de faire
appel à des personnels vacataires
- la résorption de la précarité n’est prévue
que par la loi Sapin et le protocole de 1999
- les crédits de vacation en 2004 ont baissé par rapport
aux titularisations
Le Ministre s’est en outre engagé à réunir
les directeurs d’établissements et responsables des directions (centrales
et régionales) afin de leur rappeler les règles
applicables et la nécessité d’éviter les
dérives, y compris en ce qui concerne les écoles d’architecture.
Il va également leur rappeler que le ministre doit faire partie
du circuit de décision, et envisage de mettre en place une structure
permanente de direction avec les établissements publics, pour
assurer une unité de l’action de l’Etat dans tous
les domaines. Il ne souhaite pas qu’il existe autant de politiques
sociales que d’établissements, et aimerait qu’ait
lieu une réflexion entre établissements de même
nature. « Personne
n’est une île déserte » selon ses propres
termes. Ceci dit, il montre des réticences sur la création
d’établissements publics à caractère administratif
(ce qui est une bonne nouvelle), et préfère les établissements
publics de création culturelle ou à caractère
industriel et commerciale (ce qui est une moins bonne nouvelle…).
La CFDT-Culture a rappelé ses positions constantes au sujet
de la précarité :
- il est inacceptable de renouveler les effectifs de vacataires au
fur et à mesure qu’on les « pérennise »,
ce qui rend inefficaces et hypocrites les lois sporadiques de résorption
de l’emploi précaire
- il est nécessaire de résoudre en amont ce problème
(notamment par la création de postes de titulaires), et de reconnaître
au plus haut niveau que de nombreux emplois permanents sont effectivement
occupés par du personnel précaire, ou au mieux non titulaire
- il faut établir des typologies d’emploi précises
pour tout le ministère et/ou par établissement public
(emplois permanents/occasionnels, modalités de recours à tel
ou tel type de personnel en fonction des besoins identifiés
dans la typologie…), ainsi que des grilles salariales et grilles
d’avancement
- pour pouvoir trouver des solutions, il faut avant tout disposer d’un état
des lieux fiable et exhaustif de la situation actuelle des non titulaires
dans les établissements et services
- le projet de loi sur les CDD de la fonction publique est largement
insatisfaisant et insuffisant : rien ne garantit le maintien des principes
généraux du statut de la fonction publique ; rien ne
garantit que tous les non titulaires actuellement en fonction se verront
proposer un CDI ; l’obligation de proposer de façon expresse
le CDI implique qu’en cas de silence sur la situation du contrat,
celui-ci pourra être renouvelé en CDD ; la durée
maximale de 6 ans pour les CDD est beaucoup trop longue par rapport
au droit applicable dans le droit privé et par rapport à ce
qu’on entend communément par « besoin occasionnel » ;
aucune précision n’est donnée sur les critères
objectifs qui permettent à l’administration de recruter
des CDD ; rien ne limite le nombre de renouvellements (la durée
maximale de 6 ans pourrait impliquer 12 renouvellements de contrats
de 6 mois, ou 72 contrats d’un mois…)
La CFDT-Culture a demandé au ministre ses positions sur ces
remarques, sur le projet de loi CDD, sur les conséquences de
la LOLF (plafond d’emplois ? comment les fixer, sur quels critères
?), sur les avantages/inconvénients qu’il voit à recruter
des personnels titulaires / non titulaires / précaires, et sur
la création systématique de CCP dans les établissements.
Réponses du ministre :
- Il veut résoudre la précarité, mais il faut
pour cela des systèmes adaptés aux salariés (exemple
des étudiants qui trouvent avantage à travailler de façon « flexible » pendant
leurs études). Ceci dit, le recours à des vacataires
est parfois nécessaire, voire souhaité par les agents
qui font fasse à une surcharge de travail. Il faudra peut-être
envisager des restructurations de services (regroupements), comme c’est
le cas actuellement pour les centres de documentation. Mais le ministre
assure que ce n’est pas une manœuvre pour faire baisser
le nombre d’emplois…
- Nos inquiétudes sont légitimes, et il se montre favorable à l’idée
de typologies pour distinguer les situations
- Les emplois permanents doivent être occupés par des
postes permanents ; mais avant cela, il nous faut disposer de chiffres
incontestables (réunion prévue avant l’été prochain
avec ces chiffres)
- Il s’attache à dénoncer les différences
de conditions d’emplois entre notre ministère et d’autres,
et se bat pour obtenir une égalisation des situations
- En ce qui concerne le projet de loi sur les CDD, le débat
n’est pas facile à trancher ni de tout prévoir.
Il reconnaît que le texte n’est pas tout à fait
abouti, et réclame la définition de critères objectifs
stricts pour le recrutement des vacataires.
- Il s’engage à diffuser une circulaire demandant
fermement la création de CCP partout où ce n’est pas déjà le
cas, et envisage, pour faciliter ces créations, de proposer
des CCP inter-établissements (ex : musées, écoles
d’archi…)
- Quant à la LOLF, le plafond d’emplois fait l’objet
d’une réflexion « ardente » à la direction
du Budget.
Sollicité au sujet de la situation de la BNF, le ministre reconnaît
que le budget de notre ministère n’est pas susceptible
de répondre à un certain nombre de besoins.
Après le départ du ministre, une discussion plus technique
s’est engagée avec la Direction de l’administration
générale sur les documents transmis pour cette réunion.
Citons pêle-mêle :
- il n’est pas possible d’anticiper le nombre de postes
ouverts en 2005 aux concours réservés (ça se fait
concours par concours, à leur ouverture)
- 420 vacataires restent « sapinisables » en 2005. Pas
de chiffres sur les CDD
- les postes non pourvus dans les corps pour lesquels personne ou presque
ne s’est porté candidat ont été redéployés
sur d’autres corps, notamment les corps de documentation et de
recherche
- la DAG s’attache à étudier les raisons précises
d’embauche des vacataires pour éviter les dérives
: les syndicats sont invités à lui faire connaître
toute situation difficile ou non réglementaire, afin de trouver
des solutions concrètes, y compris en ce qui concerne des pratiques
sujettes à caution de services des ressources humaines
- la DAG va nous communiquer un état des lieux de la façon
dont se sont répartis les 688 emplois ouverts grâce à la
loi Sapin ; elle tâchera également de nous faire connaître
précisément le nombre d’agents en CDD qui seront
concernés par la future loi d’application de la directive
européenne
- les règles de calcul de la validation des services de non
titulaires (cf réforme des retraites) sont inapplicables (divergence
entre les Finances, la Fonction publique et les Pensions) ; un guide
de procédures, avec valeur réglementaire, va être établi
et diffusé aux services du personnel
En conclusion, pas d’avancée probante lors de cet observatoire
: les syndicats maintiennent leurs positions, l’administration
et le ministère aussi. Peu d’engagements ont été exprimés,
qui auraient été de nature à résoudre durablement
la situation des personnels précaires au sein de notre ministère.
Il nous faut tout de même reconnaître la franchise avec
laquelle le ministre a reconnu les dérives existantes (alors
que les anciens cabinets jouaient les étonnés…)
et le manque de moyens concrets pour les résoudre. Ce qui nous
aurait davantage « réconfortés », ça
aurait été de le voir déterminé à demander
plus d’emplois (donc plus de budget), au lieu de lire entre les
lignes qu’il va suivre les directives de son gouvernement de
baisser le nombre de fonctionnaires. Gageons que les restructurations
de services envisagées n’auront pas pour effet de réduire
le nombre de précaires mais celui des fonctionnaires… quitte à ce
que nous passions pour des pessimistes.
Nous attendons avec impatience la mise en œuvre des quelques mesures
annoncées : circulaire sur les CCP, directives aux établissements
publics, typologies…
Mais nous persistons à penser qu’aucune volonté politique
réelle, au niveau gouvernemental, n’existe en ce qui concerne
la consolidation des effectifs de fonctionnaires et l’arrêt
des recours abusifs aux personnels précaires. Nous retenons
donc de cette réunion à la fois le sentiment d’une
certaine franchise du ministère sur la situation actuelle, et
en même temps une impression de résignation et d’inertie
relative. Dommage…
Paris, le 18 janvier 2005