
CDD DANS LA FONCTION PUBLIQUE
Un projet de loi insatisfaisant
Dans la fonction publique, la règle est que les emplois permanents
doivent être
occupés
par des fonctionnaires titulaires. Or, depuis longtemps, l’Etat recrute
de plus en plus de contractuels à durée déterminée,
bien souvent en contournant les textes qui ne prévoient que des cas
limités de recours à des non titulaires. Ainsi certains agents
sont en CDD depuis de nombreuses années ! L’Union européenne
a donc rabroué la France, en lui demandant de respecter certaines règles
en ce qui concerne l’emploi de CDD (directive n° 1999/70/CE du 28
juin 1999), dans l’optique que les agents de droit public se voient appliquer
les mêmes droits que les salariés du secteur privé. La
France aurait dû, depuis maintenant plus de 2 ans, adapter son droit
national pour qu’il soit conforme à cette directive.
Un projet de loi est actuellement en cours de discussion dans ce
cadre. Ses principales dispositions sont les suivantes :
- l’Etat pourra recruter des non titulaires sur des contrats à durée
indéterminée
- les futurs CDD ne pourront être renouvelés que pour
une durée maximale de 6 ans ; au-delà, sur décision
expresse, ils pourront être renouvelés pour une durée
indéterminée
- les agents actuellement sur CDD pourront demander à bénéficier
d’un CDI dès l’entrée en vigueur de la loi,
s’ils remplissent les conditions suivantes : avoir 8 ans d’ancienneté sur
les 10 dernières années, être âgés
d’au moins de 50 ans, et avoir été recrutés
sur le fondement de l’article 4 ou de l’article 6 (1er
alinéa) du statut de la fonction publique
Ce projet de loi appelle les critiques suivantes :
- on pourrait craindre l’abandon à terme du principe
du statut général, et l’on verra alors les fonctionnaires
peu à peu remplacés par des contractuels
- pas d’harmonisation des droits entre secteur public et secteur
privé (les salariés de droit privé sont mieux
protégés en la matière)
- la durée maximum de 6 ans est contradictoire avec l’idée
que le recours aux non titulaires devrait être exceptionnel et
circonscrit à des situations particulières
- au terme des 6 ans prévus, et faute d’une décision
expresse de reconduction en CDI, si l’agent est maintenu en fonctions,
il faut s’attendre à ce que le contrait soit réputé reconduit
pour la même durée que le contrat précédent
(cf jurisprudence antérieure) ; le Conseil d’Etat juge
en effet que la succession de nombreux CDD n’implique pas la
requalification en CDI… et le projet de loi, en précisant
la condition de « décision expresse », laisse ouverte
une brèche importante
- le projet de loi ne dit rien des éléments objectifs qui devront présider au recours à des CDD (emploi, fonction,
durée, renouvellement…) ; la directive européenne
exigeait pourtant que les Etats définissent ces critères
objectifs
- le nombre de renouvellements des CDD dans la limite des 6 ans n’est
pas limité : un agent pourrait alors se voir recruter sur des
contrats de 6 mois, renouvelés 12 fois, ou sur des contrats
de 1 mois renouvelés 72 fois !!
En conclusion, ce projet de loi est très insatisfaisant et
insuffisant pour améliorer le sort des agents non titulaires
de la fonction publique en France. Les agents sur CDD sont confrontés à la
précarité (quoi qu’en dise l’administration),
et ce projet de loi ne modifie que très marginalement cette
situation.
Au lieu de réformer son droit dans le sens d’une plus
grande protection des agents publics, l’Etat français
semble se contenter de dispositions minimales pour respecter la directive
européenne. Il lui manque, encore et toujours, la volonté de
mieux traiter ses agents et de respecter le droit qu’il impose
par ailleurs à d’autres. La sauvegarde, la pérennité et
l’amélioration des services publics passent – aussi – par
une meilleure prise en compte quantitative et qualitative de leurs
effectifs humains.
Paris, le 31 janvier 2005